TÉMOIN DU BONHEUR CALME

 

Je suis
témoin du bonheur calme

témoin
d’un mot d’amour sucré
perché sur ton oreille
du soleil rouge fraise
s’allongeant sur l’écume de mer
d’un dimanche matin fripon
qui se chamaille sous l’édredon
de la valse des fous de Bassan
portés par la berceuse du vent
des pas usés d’un vieux passant
qui trainaille au parterre fleuri
d’un papillon de nuit dormant
sur la main d’une fillette rousse
de l’ondée sur tes cheveux qui perle
au clair-obscur de ton visage
de l’abeille qui se noie
au nectar de la rose
du rire cerise de l’enfant
qui roule sous tes caresses
du bourgeon qui s’endimanche
pour marier le printemps
d’un vœu qui s’enfuit
sur le dos d’une étoile filante
de l’eau de source dansante
au caprice du ruisseau de forêt
du bébé rose nanane qui s’endort
sur le sein velouteux de maman
de la sève qui coule dorée
et s’étire au printemps des érables
de la lune et des étoiles
qui épie les amoureux
de la tendresse rose bonbon caché
aux rides de grand-maman-gâteau
de la vague déferlante des oies blanches
de retour au déclin du jour
et
de tous vos mots d’amour
semés au hasard des saisons
qui deviendront pour un noble troubadour
l’or et le ferment de sa moisson

.

.

 

 

NE LUI DIS PAS

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Ne lui dis pas
le mal que j’ai là
ni le jardin qui se fane sous mes pas
ne lui dis pas
 ne lui dis pas 
les jours criants de nos désirs
passés aux parfums de ses appâts
et sous la pluie de ses fous rires
l’instant où elle se jetait nue dans mes bras
ne lui dis pas
ne lui dis pas
ce vide immense qui me ronge
ni la couleur douceâtre de mes nuits
lorsque l’hiver au creux des songes
viendra morne et froid comme l’ennui
ne lui dis pas
Dis-lui simplement
que le chat dort au pied du lit
et que je suis encore beau
.
 
 

POUR QUE NOS RÊVES FOUS SE PARFUMENT

Sur la bruyère le soleil se couche
auprès des arbres s’étirent les ombres
un dernier rayon s’attarde sur la souche
la lueur du jour devient plus sombre
auprès des arbres s’étirent les ombres
les roselins pourprés s’y cachent
la lueur du jour devient plus sombre
tapissant le sol de longues taches
les roselins pourprés s’y cachent
le crépuscule du soir s’installe 
tapissant le sol de longues taches
le lys jaune referme ses pétales
le crépuscule du soir s’installe   
les herbes folles se couchent au vent
le lys jaune referme ses pétales
la mésange entonne son dernier chant
les herbes folles se couchent au vent
le silence bientôt sera roi
la mésange entonne son dernier chant
un rayon de lune lèche le bois 
le silence bientôt sera roi
les lucioles en robe de bal scintillent
un rayon de lune lèche le bois 
les feuilles sous la brise brasillent
les lucioles en robe de bal scintillent
place aux fées et danse les lutins 
les feuilles sous la brise brasillent 
la forêt s’enchante jusqu’au matin
place aux fées et danse les lutins 
viennent les châteaux de brume
la forêt s’enchante jusqu’au matin
pour que nos rêves fous se parfument

SOUS L’OMBRELLE DE NOS RÊVES

Donner un peu plus de son temps
donner un sourire aux passants
pleurer quand personne ne pleure
pleurer sur la couleur des fleurs
chercher l’étincelle dans ses yeux
chercher à comprendre un peu mieux
parler de ceux qui ne parlent pas 
parler du marin qui s’en va  
briser les règles et les cachots obscurs
chercher jusqu’à se perdre
et puis sans pudeur
se retrouver nu au petit matin
avec l’autre qu’on aime
comme un enfant
comme un enfant encore émerveillé
—–
parfois dans l’écoulement des jours
les étoiles bleues se figent
sous l’ombrelle de nos rêves
et tout devient possible
—–
il faut donner
donner sans relâche
pour goûter au bonheur de croiser
un soir de pluie
un malheureux qui vous sourit
au coin d’une rue

LA PETITE BOUTIQUE AUX PERSIENNES TURQUOISE

De grands ormes d’Amérique
dessinent un immense éventail
au-dessus de la route sinueuse du hameau

à main gauche au pied de la pente douce
une petite boutique aux persiennes turquoise
attire les oiseaux qui se perchent au lierre
recouvrant le vieux mur de pierre   

des jardinières de bois rouges
où des bégonias roses s’endorment au soleil
épousent chacune des fenêtres

la porte est blanche
monsieur et madame Smith
sont tous les deux charmants
les comptoirs sont propres et vitrés
le plancher et leur sourire ciré 

for the birthday of your little girl
Madam I have for you
this lightweight model pink tenderness
cute as a little cricket

l’enfant ouvre de grands yeux bleus
madame est aux anges

—–

avant que le soir ne les avale
les ombres des grands ormes s’étirent
jusqu’au fond du magasin
ou une puanteur lourde et grise flotte 

les volets arrière constamment fermés
cachent sous une grande bâche noire
les quatre-vingt-huit corps empilés
qui chaque jour se meurent ici


dépasse la main d’un enfant

—–

tous les jours
des gens de bien et des gens de mal
se présentent à la petite boutique aux persiennes turquoise
les uns pour l’attaque les autres pour la défense

quand monsieur Smith dit que ça fait rouler l’économie.
madame Smith affiche un large sourire

Chaque jour, 88 personnes perdent la vie sur le sol américain conséquemment à des violences armées.Au-delà de l’horreur suscitée par des faits divers, les accidents mettent en lumière le business florissant de Crickett, une marque spécialisée dans la vente d’armes pour les enfants de 4 à 10 ans. Aujourd’hui, Crickett conçoit 60,000 fusils pour enfants par an qui sont entre autres commercialisés chez Walmart.

J’AI VERSÉ LE VIN ROUGE

Ma belle s’est envolée vers les vieux pays
ce soir je me glisse au désert de son lit    
où ses rêves bleutés foisonnent  

je m’abandonne aux souvenirs de ses pas
caché sous l’écume fraiche des draps   
où son corps pêche frissonne

au petit jour 

j’ai versé le vin rouge et chaussé mon bonheur
pour son retour la maison est en fleur
même les roses nacrées chantonnent

 

À LA BRUNANTE LA LUNE EST RONDE

À la brunante la lune est ronde
comme la prunelle de leurs yeux
où leurs désirs tombent
et s’enflamment peu à peu
ils ne sauraient comment fuir
le tendre frisson qui les unit
pour attiser le feu de leurs désirs
ils vont s’aimer toute la nuit 
au soleil paillé du petit matin 
il lui offre une bague 
et cet instant berceur au bouquet du vin
les grise et les submerge comme une vague 
—–
les fiancés du mois d’août
main dans la main se perdent sous la pluie
tandis que les passants un peu jaloux
se cachent sous leurs parapluies
ils sont beaux comme  tous les amoureux
ils se bécotent à tous les coins de rue
et sont les seuls à voir au creux 
de leurs petits cœurs tout nus

À Émilie et Francis,  août 2015.