ADIEU PARIS, JE TE QUITTE AU MATIN


Je te quitte au matin, toi encore endormie
Tu étais ma perle, celle qui autrefois
Brillant sur la seine m’avais sitôt ravie  
Adieu Paris, adieu pour la dernière fois !

Je vivais indigent et loin de la maison
De celle que j’aimais en secret sous la lune
Je m’en vais sans regret, j’oublierai ta chanson
Je suis las d’encenser l’autel de la fortune.

Tu donnais aux biens nantis les fruits de l’aventure
Des nuits exaltantes, le concert des hautbois
Je laisse sans regret le luxe et la parure
Et brûle de revoir mes rochers et mes bois.

Mendiant, j’aurai appris aux rues de la cité
Que ma liberté vaut la plus grande fortune
Et puis retrouverai mon pays tant aimé
Où tout me satisfait, où rien ne m’importune.

 
GLOSE: dernières lignes de chaque strophe de quatre vers.
Extrait d’Adieu Paris de François Maynard  (1582-1646)
Publié dans: Les poèmes de l’année, millésimes 2012-2013
Oeuvre collective éditée par le site de La Passion des Poèmes
lapassiondespoemes.com
Sous le pseudonyme Fleur de jasmin

TU PERDS MON NOM

En attendant l’heure
Où nos amours cassées
S’étioleront  aux jours écoulés

Je me meurs
Tu exiges la passion
sourde à mes mots démodés
tu cours tes heures effrénées
je vis la prison

le feu s’achève sur la braise
tu songes déjà à d’autres étés 
pour oublier nos instants glacés

le temps me pèse
voilà la saison des adieux
tous tes bagages sont noués
je frissonne sous ta beauté
je suis si vieux

tu cherches l’amour-passion
comme chaque seconde réinventée
je suis déjà de ton passé
tu perds mon nom

CINQ GRANDS CHAMEAUX

Tiens bien la corde de ton cerf-volant
au vent tes cheveux de nuit
s’entremêle à tes rires moqueurs

la vie brûle trop tôt tes ailes

huit ans déjà
                     tu sembles si gaie ma fille                     
tu cours sur le sable blond
et j’ai peine à te suivre

emportant dans sa chute
un peu de ton enfance
ton cerf-volant tombe rudement
mais toi indifférente
tu fredonnes cette berceuse qui nous fait rire
en dessinant sur le sable fin
cinq grands chameaux et un cœur

comme tu as grandi rapidement
trop rapidement

derrière la fenêtre grillagée
de ma cellule bleue
je t’observe

outre celui d’être femme
quel crime ai-je commis
pour vivre asservie et humiliée

sur cette place vous me l’avez volée
monsieur

j’espérais tant que ce soit un ange
et que notre enfant se transforme
sous mon regard en grand oiseau fabuleux
pour vous échapper

je me suis enfui
comme on quitte un chagrin
à petits pas feutrés

bientôt ton père
te vendra au plus offrant
cinq grands chameaux et un fusil
une fois
deux fois
trois fois,
vendue

RENDEZ-VOUS SOUS UN CIEL DE MOUTONS ROSES


C’est une fille jolie
elle porte une marguerite à ses cheveux
parmes et une larme brasille sur sa pommette rose
ses étranges yeux arrondis
sont colorés par des cils velouteux
comme les pétales d’une passerose

c’est une fille peinée
elle porte un petit chagrin d’amour
gris à gauche sous son corsage muguet
elle désirait tant ce rendez-vous donné
au bord du lac à la tombée du jour
comme dans ce vieux film muet

c’est une fille esseulée
elle porte une courte jupe au luisant
jaune sur ce banc peint en vert
ses longues jambes allongées
brillent au soleil couchant
comme deux roseaux au bord de mer

c’est un jeune homme amoureux
il porte à la main un médaillon d’argile
orange et court sous un ciel de moutons roses
sa chemise de coton vaporeux
cache son tendre cœur fragile
comme les pétales d’une passerose

c’est un jeune homme en retard
il porte dans les yeux le brillant de la mer
verte et cherche la belle au chemisier muguet
déjà les ombres s’allongent de toutes parts
ses pas se perdent dans la bruyère
comme dans ce vieux film muet

c’est un jeune homme ravi
il porte son regard à la frange de l’étang
bleu et la voit enfin sous ce saule vert
elle ne dit rien mais il lui sourit
de loin un passant voit ces jeunes amants  
comme deux roseaux au bord de mer

—–

tous deux un peu fou
ils vont main dans la main
à tous les trois pas
il lui chuchote un mot doux
pareil aux petits matins
couleurs de lilas

QUELLE CHARMANTE MATINÉE !

La neige folle s’est couchée
sur la branche du vieux lilas
le vent caressant l’a modelé
en arc comme le dos d’un chat

l’épinette presque centenaire
échappe une cocotte givrée
qu’elle gardait tout l’hiver
en souvenir des parfums d’été

la frêle cabane d’oiseaux
rêve encore toute gelée
d’accueillir dans ce château
trois princesses et une fée

un écureuil est monté
à la cime du bouleau
il va bientôt s’envoler
comme font les oiseaux

une mésange grise
sortie de sa cachette
chante sous la brise
un air de bal-musette

philosophe à plein temps
sur la rampe du balcon
mon veux chat ronronnant
médite Socrate et Platon

une petite souris des champs
creuse et creuse sa maison
à l’abri des grands vents
sous le vieux paillasson

un rayon de soleil
a sauté la clôture
il n’avait plus sommeil
et file à l’aventure

un papillon blanc
où peut-être un flocon
passe doucement
comme une note de chanson

et puis ma bien-aimée
sur la neige me sourit
quelle charmante matinée
pour nous deux
l’écureuil
la mésange
le chat
et la petite souris

VILLE DE MES DOUCES AMOURS

La ville apparaît vraiment trop grise
à ceux qu’on nomme les vieilles gens
les ruelles devraient receler des surprises
et regorger du rire lumineux des enfants

la cité que tu me construiras
mon fils me rappellera les livres d’images
comme jadis chaque mot nous rapprochera
mais c’est toi à présent qui tourneras les pages

demain fait cadeau aux petits enfants
de ballons d’éclatantes couleurs
au crépuscule ils les donneront au vent           
la rue au soleil mourant deviendra en fleurs

plante des marguerites au carrefour
je veux entendre les oiseaux piailler
fais que pour mes derniers jours
la ville enfile sa robe de fée

bâtis la maison pour les enfants rieurs
ce sera bien pour moi l’aîné
je voudrais tant que le rouet des heures
retisse doucement mes jeunes années

ma mémoire s’enfuie je crois
chaque saison je deviens un peu plus fou        
mais ne garde en mémoire de moi
que le doux souvenir de nos promenades au mois d’août

—–

Juste avant qu’il ne soit trop tard,
que je perde la trace de mes douces amours

—–

tous deux ivre de notre dernier champagne
tu m’auras tenu très fort la main
et puis tu lanceras mes cendres du sommet de la montagne
sur la ville qui m’a vu naître un beau matin

L’AMITIÉ EN PARTAGE

                                                                                              –
Émergeant des brumes moelleuses, elle parut,
pieds nus sur la frange humide de l’océan,
frêle coquillage revêtu
des coloris de l’aube roses et céruléens.

cette jeune fille tranquillement fuyait
chaque écume dessinée par le vent
tandis que son reflet mouvant jouait
à chasser de l’eau les goélands.

lui, sur les dunes, il sifflotait un air de Verdi
célébrant la fière allure de ses quinze ans.
l’apercevant il courut vers elle, ravi
de cette rencontre au hasard des vents.

les oiseaux neigeux à l’instant s’enfuirent
levant une fumée tachée de criailleries.
étonnamment calme, elle s’enflamma d’un sourire
créant l’enchantement chez son nouvel ami.

au hasard des dunes ils flânaient,
se racontant le fil souriant de leur vie.
tous deux échangeaient les secrets
de la symphonie intime de leurs rêveries.

une légère brume matinale s’effilochait
en longs voiles opalins
entre les deux enfants elle glissait
pour s’évanouir au feu du matin.

sur le sable brûlant émaillé de sel
elle lui réclama d’un petit air fripon :
construis-moi une jolie citadelle
ensuite tu me dessineras un mouton.

—–

deux enfants sur le sable
partagent la perle bleue de l’amitié. 

—–

le lendemain était un dimanche.
frissonnante et rieuse sous une faible pluie,
elle portait voile et robe blanche
soulignant ses pommettes roses toujours aussi jolies.

tous deux rêvaient de déployer leurs ailes claires
à tous les vents
et de s’en aller tels des oiseaux de lumière
en s’envolant.
ils chantaient leur amitié
semée aux quatre vents
et partageaient ce trésor oublié :
donner à l’autre un peu de son temps.

D’APRÈS (LA PAGE) UNE TOILE DE SYLVAIN BÉLAND
GAGNANT DU CONCOURS, IMAGINONS… LE PARTAGE
PUBLIÉ DANS LA REVUE VIRAGE ÉTÉ 2011.