JE M’EN VAIS AU BOIS


Je m’en vais au bois faire mes adieux
j’ai perdu la vie au fond de ses yeux
j’aurais dû tisser comme aux nuits anciennes
le lilas et le bleu de toutes ses peines
et faire un château
avec ses maux
pour lui dire je t’aime
dans tous mes poèmes

je prendrai sentier sous le vent frileux
j’ai perdu la vie au fond de ses yeux
j’aurais dû cueillir aux fleurs de ses lèvres 
le sucre et l’or de toute sa sève
et faire ma richesse
avec ses caresses
pour lui dire je t’aime
dans tous mes poèmes

j’ai vu son étoile là-haut dans les cieux
j’ai perdu la vie au fond de ses yeux
j’aurais dû voguer sur l’écho de sa voix
le fleuve et l’orée de toutes ses joies
et faire mon navire
avec ses fous rires
pour lui dire je t’aime
dans tous mes poèmes

—–

je reviens vers toi couler mes amours
j’amarre ma vie au fil de tes jours
au clair de la lune t’inventerai la nuit
sous mes draps blancs brodés de folies
et ferai mes moissons 
avec ton nom 
pour te dire je t’aime
dans tous mes poèmes

Publié dans: Les poèmes de l’année, millésimes 2014
Œuvre collective éditée par le site de La Passion des Poèmes
lapassiondespoemes.com
Sous le pseudonyme Fleur de jasmin

LES FILLES SONT DES OISEAUX …

.
Aux dernières couleurs de la saison 
les feuilles mortes parfument le cœur des filles
elles vont frileuses à l’heure où brille
sur l’étang un tout dernier rayon

le reflet de leurs délicates silhouettes 
ondule entre les nénufars
et s’évanouit soudainement  au hasard
de l’envolée d’une alouette 

elles frissonnent sous le nordet
leurs légères jupes ondulantes
se marient  aux feuilles virevoltantes
dans un gracieux ballet

tandis qu’au loin s’entend le tonnerre
sous la faible pluie rieuses et belles
elles courent se réfugier sous l’ombrelle
bleu nuit du pavillon centenaire  

elles cachent leurs petits cœurs sucrés
sous leurs tendres plumages
et cherche aux griffonnements des nuages
la silhouette de celui qui viendra les aimer

bientôt l’automne hivernera 
l’alouette chante sous les roseaux
les filles sont des oiseaux 
fragiles une feuille au vent s’en va

JE VAIS MOURIR D’AMOUR CE SOIR


Tous mes sentiers n’ont plus qu’un but
je vais mourir d’amour ce soir
mes armes se couchent sous ton regard
à l’antre de tes bras je suis vaincu

je vais mourir d’amour ce soir
déjà mon souffle se fait plus court
je frissonne et me rends sans recours
aux délices de ton délicieux pouvoir

déjà mon souffle se fait plus court
ma peau s’enflamme sous tes promesses
tu es la vigne de mon ivresse
le pain mollet que je savoure

ma peau s’enflamme sous tes promesses
tu me regardes l’on se dévore
je perds le sud je perds le nord
je glisse au monde de tes caresses

tu me regardes l’on se dévore
mon âme est bleue comme la mer
je suis au ciel et en enfer
brulant de toi jusqu’aux aurores

mon âme est bleue comme la mer 

je  vais mourir d’amour ce soir

GRAND-MAMAN DES HEURES DOUCES

J’enfile ma petite robe jaune et blanche
souvenir berceur des marguerites des champs
que tu cueillais en après-midi le dimanche
aux claires saisons de mes douze ans

je porte aussi mes adorables souliers mauves
ceux des farandoles de mes grandes vacances
des feux de joie aux effluves de guimauve
et des ombres lunaires emmêlées à nos danses

j’ai coloré mes ongles rouge vin
telle la robe exquise de tes amours folles
que tu m’avais confiées au petit matin
bien avant que ta mémoire s’envole

mes cheveux bleu ciel d’été
je les ai teints pour toi
pour ne jamais cesser de rêver
chaque instant comme autrefois

et puis mes yeux sont vert heureux
depuis toujours depuis seize ans
pareil à la teinte fraîche de tes yeux
aux tendres nuances du printemps

—–.

grand-maman des heures douces
j’ouvre la porte de cette chambre tristement blanche
et la pièce s’illumine d’un vert heureux
sous une voute bleu ciel d’été

je t’offre une bouteille de vin rouge
je goûte au charme de cet après-midi endimanché
tu remarques tout de suite mes petits souliers mauves
bientôt tu me prendras la main

un peu grise
tu me chanteras tes folles passions aux fleurs de l’âge

ah que le vin est bon

de nous revoir
dansant au champ des marguerites.
je sais enfin pourquoi j’existe

1er PRIX
CONCOURS IMAGINONS … UN DIMANCHE APRÈS-MIDI
PUBLIÉ DANS LA REVUE VIRAGE
INFO FADOQ, ÎLE DE MONTRÉAL, ÉTÉ 2014

MES DOIGTS


Il voulait semblent-ils   
se parer de velours    
au sentier de l’amour     
comme les anciens troubadours
  
mes doigts se souviennent-ils   
mon tendre petit loup   
des larmes glissant sur ta joue   
comme perles de rosée au mois d’août

il cherchait, paraît-il   
à se rendre à ton cœur    
en cueillant quelques pleurs   
comme des boutons de fleurs

—–

te voilà plus docile    
tu me donnes la main    
au bout du monde ton chagrin     
s’en va jouer avec les petits lutins

mes doigts seraient-ils
magiciens

L’ON NOUS AVAIT DONNÉ FUSIL

Combattant de vaines guerres
pour engraisser de noirs vautours
j’aurai déserté cette terre
quand les  hommes  vivront  d’amour

pour une bouchée de pain
j’ai  quitté pays et pleuré mon père
croyant peut-être que pour les miens
il n’y aura plus de misère

rêvé que sous l’enchantement
d’une femme douce comme velours
les grisailles  prendront la clé des champs
et commenceront les beaux jours

plus tard les vieux loups viendraient
nous aurions fait notre prière
seul le grand chêne résisterait
mais nous, nous serons morts mon frère

ma belle m’avait confié son cœur
j’aurais voulu lui faire la cour
être son porte-couleur
quand les hommes vivront d’amour

jamais plus je ne chanterai
mon pays mes amours mes hivers
malgré tout j’ai rêvé qu’un soir d’été
ce sera la paix sur la Terre

sur ma tempe un filet de sang
je vois des marguerites tout autour
sans doute qu’au printemps
les soldats seront troubadours

l’on nous avait donné fusil
parlé de gloire et conté chimères
pour le président honneurs et vie
mais nous, nous serons morts mon frère

Paroles et musique: Raymond Lévesque. 1956
Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous nous serons morts, mon frère
Quand les hommes vivront d’amour
Ce sera la paix sur la terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts, mon frère

AU CREUX DE L’ÂME UN GOÛT AMER (zadjal)

Où se sont cachés les amis de naguère
lorsque surgirent  les chiens de guerre

celui à qui au sein de la pénombre j’avais confié
sans pudeur tous mes vieux secrets rouillés
les rires et les pleurs de mes amours passés
et mon âme déchirée à la fin de mon père

et toi qui me vis pleurer un soir
au jardin à l’heure où je perdais espoir
de revoir cette fille cachée sous un voile noir
qui  m’avait conquis d’un regard éphémère

en cet instant voilà qu’au soleil couchant
alors que je croule que je suis néant
vous êtes au loin froid comme le vent
qui s’allonge au soir d’hiver

—–

Les amis qui nous délaissent aux noires saisons
Creuse sur notre cœur de larges sillons
Où germent doute et trahison
Nous laissant au creux de l’âme un goût amer