AVEC LE VENT FOU DU NORD

Avec le vent fou du nord
qui secoue les pins bleus
au chemin un jeune homme est mort
sa jambe droite coupée en deux
avec la neige qui dort
au doux soleil frileux

. les parfums ne font pas frissonner sa narine
. il dort dans le soleil la main sur sa poitrine
. tranquille il a deux trous rouges au côté droit

non loin une petite fille marche dans la boue
tenant la main de sa grand-maman
elle porte un foulard jaune et bleu à son cou
toutes deux cheminent d’un pas lent

on ne saurait dire laquelle guide l’autre

au soleil couchant jaune miel
des oiseaux sombres s’en sont allés
la vieille se déplace fixant le ciel
là où mon dieu rien ne s’est effondré


voilà que la petite fille me sourit

tout n’est donc pas perdu

quand viendra le temps des fleurs sauvages
avec le tranquille parfum de notre lâcheté
et celui de votre très grand courage
saurez-vous nous pardonner


. Extrait de
. Le dormeur du val
. Arthur Rimbaud

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