POUR QUE JE SOIS EN FÊTE DE TOI

Printemps : Les semences de blé sont placées en terre. Le sol sera bientôt couvert d’un duvet de verdure.

je suis usé
au temps des sucres
je n’ai semé que du muguet
autour de la barrière rouillée
les volets sous le vent giguaient
les oies s’enfuyaient apeurées

je ne t’entends plus chanter ma fille

je tisserai la corde de ton cerf-volant blanc
pour que tu t’envoles au fumet du jasmin
je lancerai ton vol aux hasards des grands vents
et cacherai au sous-bois mon petit chagrin

tu prendras des sentiers que je n’ai point suivis
voir des pays lunaires pour créer ta couleur
et si le cœur veut bien pour pâlir le mépris
oseras-tu quelques pas au jardin des pleurs

il faut prendre soin de son cœur

Été : Les pousses fragiles émergent du sol. Tranquillement, elles grandissent.

tu es parti dimanche au petit matin
au loin les cloches chantaient l’angélus
ce n’était pas une belle journée
une légère bruine mouillait tes cheveux blonds
le ciel grisonnait

tu m’as donné deux bises
une pour chaque côté du cœur
et puis un gros câlin

tu m’as dit
la maison doit rester vivante papa

je t’ai dit
je garderai ma porte ouverte
une mésange à tête noire tissera son nid sur le lustre du salon
des papillons azurs bleu poudre sommeilleront aux carreaux des fenêtres
et des fourmis me présenteront leurs étonnantes parades sur le parquet frais ciré

une hirondelle est passée
tu m’as souri sous la pluie

Automne : Les longues tiges se bercent au vent. Arrive la moisson des plants rendus à maturité.

bientôt l’automne se parfumera
un écureuil se cachera sous la causeuse
au portique le chat ronronnera
sur son paillasson de feuilles jaune et rouille

Hiver : La terre se repose sous son drap blanc alors que les grains de blé sèchent dans le silo

il fera froid malgré le soleil d’hiver
j’enroulerai autour de mon cou ton foulard de laine rose

des flocons blanc-bleu
plus gros que des chatons
se glisseront par la porte entrouverte
et disparaîtront presque aussitôt
comme de petits fantômes

Printemps : Les semences de blé sont placées en terre. Le sol sera bientôt couvert d’un duvet de verdure.

je suis si vieux ma fille

douce comme le bon vin qui me noie
viennent les chaudes lueurs du printemps
pour que je sois en fête de toi
tu viendras me surprendre au champ

tu sais
j’approche mon dernier verre
comme si j’avais bientôt cent ans

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