UN SOIR D’OCTOBRE

 

Apporte-moi un autre verre
ton pinot noir me fait pleurer
ce soir j’ai perdu mes songes dorés
le pays s’accroche à l’hiver

condamné à un triste exil
je vivrai loin de mes contrées rêvées
moi qui suis issu de ses pailles de blés
du parfum de ses forêts et du limon fertile

naguère des femmes et des hommes d’ici
ont chanté dansé et défriché
cette terre à coup de charrue rouillée
de révolution tranquille et de poésie

ce pays qui n’est pas
s’endormira-t-il sous le blizzard glacé
balayant ses eaux bleues figées
dans l‘attente d’un autre pas

apporte-moi un autre verre
j’aurai au point du jour mon fils à consoler
notre pays incertain s’est fissuré
perdu et humilié dans un second revers

je vais rentrer sous peu
par bonheur ma femme sera couchée
je me coulerai silencieux à ses côtés
chevalier vaincu triste gueux

un dernier toast patron
ce soir la défaite m’a déchirée
je me sens usé comme si j’avais dansé
le dernier des derniers rigodons

si j’ai bien compris
ce sera à la prochaine fournée
quand le ferment aura bien levé
au cœur des gens du pays

apporte-moi un dernier verre
je suis trop vieux pour guerroyer
j’ai peur d’être à jamais changé

ah que ma blessure est sévère

Le 30 octobre 1995, pour une deuxième fois en 15 ans, les Québécois sont appelés à se prononcer sur la souveraineté du Québec.
Le taux de participation est un record, soit 93,5 % des électeurs.
L’écart entre le « oui » et le « non » a été de 54 288 voix.
À 50,58 % des 4,7 millions de votes exprimés, le résultat a été « NON ».

Laisser un commentaire