CINQ GRANDS CHAMEAUX

Tiens bien la corde de ton cerf-volant
au vent tes cheveux de nuit
s’entremêle à tes rires moqueurs

la vie brûle trop tôt tes ailes

huit ans déjà
                     tu sembles si gaie ma fille                     
tu cours sur le sable blond
et j’ai peine à te suivre

emportant dans sa chute
un peu de ton enfance
ton cerf-volant tombe rudement
mais toi indifférente
tu fredonnes cette berceuse qui nous fait rire
en dessinant sur le sable fin
cinq grands chameaux et un cœur

comme tu as grandi rapidement
trop rapidement

derrière la fenêtre grillagée
de ma cellule bleue
je t’observe

outre celui d’être femme
quel crime ai-je commis
pour vivre asservie et humiliée

sur cette place vous me l’avez volée
monsieur

j’espérais tant que ce soit un ange
et que notre enfant se transforme
sous mon regard en grand oiseau fabuleux
pour vous échapper

je me suis enfui
comme on quitte un chagrin
à petits pas feutrés

bientôt ton père
te vendra au plus offrant
cinq grands chameaux et un fusil
une fois
deux fois
trois fois,
vendue

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